mercredi 4 novembre 2009

Inside Life (dernier poème du recueil ET PLUS ENCORE, publié aux Presses du Vide)


Un rappel en profondeur la nuit ça cogne
de tous les côtés et partout à la fois comme un rêve qui se serait levé
sentir son corps une traversée matérialiste mais je dois chercher l’air
je n’ai pas fini de finir pas fini de
rompre les derniers liens déjà tellement distendus qu’il ne reste plus
qu’une poussière de corde rongée jusqu’à l’os
ça cogne et ça bouge j’adresse la parole
au spectre miroir des reflets de moi-même et
de ces rencontres jamais achevées qui nous sont si chères
des souvenirs bien vivants de traces cicatrices laissées
par un appel du corps une fulgurance ralentie
autrefois
les dissolutions d’atomes me firent éprouver cette alchimie imparfaite
où l’automne me replonge comme
une saison rêvée
un corps pour deux à moins que ce ne soit l’inverse je me rappelle
ne pas se dévoiler mais se donner
tout à fait comme un seul bloc
indifférenciable le point du jour seul
en pointillé une efficacité terrible ça joue
pour moi sans doute

samedi 17 octobre 2009



il me suffit de savoir
que le soleil se lève dans mon dos sur
les hauteurs
jetant des ombres immenses loin devant
moi sur les boulevards
ces matins émouvants qui ne durent pas
et sont émouvants à cause de cela



samedi 26 septembre 2009

D'une rive à l'autre



De tous petits cailloux et ça s'illumine sur les bords
un goût de sel quand je rouvre les yeux
cette chaleur glacée au creux de mes
bras mon corps tendu comme un arc ça fuse
très lentement.


mercredi 2 septembre 2009

Je pense en longeant le canal



pas une histoire de confusion juste
accepter que la vie soit toujours à la fois
dégoûtante et sublime
c'est fou ce que ça calme.


samedi 22 août 2009

Une saison ici bas



Et pourtant c'est vrai qu'on perd des mois
à ne pas partir dans la jungle amazonienne ou les faubourgs d'une quelconque
métropole sauvage

Quel sens peut bien avoir une vie soumise à l'extériorité de la pratique

Et pourtant je m'évade
Je m'évade

Je m'explique...


dimanche 28 juin 2009

Un monologue (la notte scorsa)



Je me réveille chaque nuit, chaque nuit, à cinq heures du matin ou un peu avant, avec ce bourdonnement accéléré dans mon crâne, et toutes ces pensées à la dérive, ce sentiment de solitude mêlé de désirs fous, peut-être inextinguibles… Ça met longtemps à se calmer, ça ne veut pas comprendre qu’il faut que ça se calme… que ça se taise un peu… La nuit ainsi pour tout sommeil j’ai des éclairs blancs qui me traversent et me tiennent debout, à moitié debout, avec ce trou dans le ventre qui se creuse, se creuse encore… Je ne sais plus parler, ne peux plus parler comme ça, seulement écrire ou voir des images très belles, très claires… une déchirure intra nerveuse, comme un effort atroce et inévitable…
Et ce n’est pas le problème, tomber amoureuse de quelqu’un, mais savoir quoi faire de cet amour, comment le donner, comment sortir de la désolation – une magnifique torture dont peut-être je ne sais pas me passer… Et peu importe ce qu’ils en pensent, peu importent les jugements sur moi… C’est comme si, oui, comme si j’essayais à toute force de séparer ma vie en plusieurs morceaux, une mosaïque un peu bancale mais sublime – pour peu que l’on veuille bien prendre la peine de la regarder, et cesser d’avoir peur des rencontres merveilleuses que la vie jette en travers de notre route comme des illuminations offertes pour rien.


mercredi 24 juin 2009

Au commencement de l'été



un bonheur écrasant comme une libération anticipée
sur le fil
je n'aurais pas idée de venir
me plaindre
me jeter pour rien mais bondir
j'approuve.



jeudi 8 janvier 2009

Pour (absence de) mémoire



Comme un flottement hors du cercle le froid au milieu
du brouillard
à grands pas la danse ce sera
pour plus tard une décision à prendre
action physique
et mentale très brumeux oui très
embrumé chaque matin je passe au-dessus
du boulevard périphérique une corde raide le vide
peuplé de véhicules
chaque matin le bus petite ceinture lâcher prise
porte des lilas porte brunet porte de pantin la villette et puis
la propagande publique
au moment dilué où s'éteignent
les réverbères dans le léger décalage de l'est à l'ouest
aucun contact maternel nulle part ni même seulement télé-
phonique
pas réceptive donc à la
propagande publi-
citaire se conduit au long
des maréchaux avec le brouillard fondu déjà
comme une neige éclatée sur la grisaille ambiante
un soleil pour les pauvres
se traîne dans le caniveau des corps à relever
degré zéro de l’abandon l’amour
ne rembourse pas la différence
et l’on vit malgré tout malgré aussi
les bombes à neutrons qui vous écartèlent si bien
force d’inertie en cavale les
bouteilles jetées à la mer
quand j’embrasse les monades fuyantes du souvenir…
au présent ce serait si beau de te connaître.