dimanche 19 octobre 2008

La Guerre, etc... — les poèmes d'avant/ 1

T… cher nobil rouge dans ma mémoire…

ses rêves d’éternité luxurieuse ses champs de gloire fumante
j’écoute
ses imprécations chuchotées
me laisse flotter dans son mouvement immobile sa sagesse d’outre-tombe d’outre-mer
mère tcher no bile…
éclaire
les ombres qui respirent dans la nuit
avec moi
avec ce cher tcher sa bile son mobile fastidieux
avec nos gestes portés en arabesques furieuses
avec ma langue blanche et ma mémoire rouge
mes six ans intoxiqués lentement le poison lent
à agir
à sortir sa tête
de mort
dix mille becquerels pour le goûter plus tard les images montrées de là-bas
les bras interrompus des enfants de là-bas
les visages sans yeux les têtes monstrueuses peaux dévorées thyroïde atrophiée c’était beau
cette horreur ce massacre émergé
poésie rouge atomique sur l’écran
ici le mensonge au cœur
charme discret de la démocratie
le nuage
arrêté aux frontières
dans quel bac à sable jouais-tu en 1986 quel sable radioactivé
a coulé entre tes doigts de gosse
quel mystérieux Cancer m’a serrée dans ses bras
tordus au cœur
bien mystérieux mystère atrocement beau d’être insaisissable im-
prévisible protéiforme à la fulgu-
rance lente le poison dans les cellules
quel magnifique Cancer demandé-je d’où ses nodules fourmillants d’où et comment la mise à m-
ort des poumons de l’estomac jusqu’au cerveau lui-même
corps supplicié de cent quatre-vingt-quatorze ans désert crânien désert pu-
bien une fillette ménopausée de quarante-quatre ans me regardait de sa baignoire !

personne ne me dira rien personne j’écoute
ce silence étourdissant qui ne cessera jamais
la mort à côté de
j’ai dormi aux côtés de
la mort serrée serrée
côte à côte
j’ai embrassé son visage bouffi ai caressé son dos monstrueuxµ
sa peau vieille sèche puante
l’hôpital une marque un tatouage cette odeur apposée par l’hô-
pital mouroir
et je ne comprends pas
quel cancer
j’ai dormi…

ttttttttttt…
chair

théâtre !
un coup pour rien personne ne nous avait prévenus
ne nous avait dit
que l’on dévorait la chair du crime de tcher…………..
et l’on ne dira rien puisque le silence.


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